En 2024, la National Association of Realtors (NAR) a consacré plus de 86 millions d’euros à des activités de lobbying à travers les États-Unis. Il s’agit du montant le plus élevé jamais investi par l’organisation, témoignant de sa volonté d’influencer directement l’évolution du cadre législatif du secteur immobilier.
Principaux axes du lobbying
Maintien de la déduction des intérêts hypothécaires
Une priorité essentielle fut la préservation de la déduction fiscale des intérêts hypothécaires (MID). Grâce aux efforts de la NAR, le plafond de déduction de 750 000 euros a été maintenu — un enjeu capital pour les marchés à prix élevés comme New York, Los Angeles ou San Francisco.
Soutien au crédit d’impôt pour primo-accédants
La NAR a activement soutenu un projet de loi visant à instaurer un crédit d’impôt de 12 000 euros pour les acheteurs accédant à la propriété pour la première fois. Selon les estimations, cette mesure pourrait entraîner une augmentation de 6 à 8 % des ventes de logements d’entrée de gamme en 2025.
Défense des commissions traditionnelles
Face aux plaintes collectives et aux propositions de réforme, la NAR s’est mobilisée pour défendre le modèle traditionnel de commission. Aux États-Unis, les commissions d’agents immobiliers représentent en moyenne 5 à 6 % du prix de vente — soit 15 000 à 30 000 euros pour un bien entre 300 000 et 500 000 euros.
Avancées dans la numérisation des transactions
La NAR a également soutenu des initiatives favorisant les transactions électroniques, incluant la vérification d’identité à distance, l’usage de la blockchain et la signature électronique notariée. Ces innovations pourraient réduire les coûts de transaction de 1 à 2 %, soit une économie moyenne de 5 000 à 10 000 euros par transaction.
Répartition des dépenses et partenariats
Sur les 86 millions d’euros :
- 48 millions ont été affectés au lobbying fédéral (Congrès, agences gouvernementales) ;
- 26 millions au niveau des États (parlements régionaux, autorités locales) ;
- 12 millions aux alliances avec des promoteurs, courtiers hypothécaires et constructeurs.
Parmi les partenaires majeurs figurent des acteurs comme Lennar, Toll Brothers, ainsi que plusieurs fédérations professionnelles du bâtiment et de la transaction.
Impact législatif et retour sur investissement
Plus de 35 textes de loi touchant à l’immobilier ont été adoptés aux États-Unis en 2024. La NAR a contribué à l’élaboration de 24 d’entre eux, notamment :
- le maintien de l’obligation de passer par un agent pour les plateformes MLS ;
- la suppression de projets de taxe sur les plus-values non réalisées ;
- la protection des droits de propriété dans les zones de renouvellement urbain.
Chaque million d’euros investi a permis d’influencer en moyenne 10 initiatives législatives, ce qui illustre l’efficacité du lobbying mené par l’organisation.
Contestations publiques et critiques politiques
Malgré ses réussites, l’action de la NAR a suscité des critiques :
- manque de transparence sur la structure des commissions ;
- coûts élevés pour les acheteurs ;
- influence excessive des lobbies professionnels dans la politique immobilière.
Plusieurs élus ont proposé de réglementer le lobbying des associations à but non lucratif et d’exiger une transparence accrue sur leurs partenariats et réseaux d’influence.
Résonance internationale et implications en Europe
Bien que son champ d’action soit limité aux États-Unis, la stratégie de la NAR fait école en Europe. Des pays comme l’Allemagne, la France ou les Pays-Bas débattent de réformes proches : régulation des commissions, numérisation des transactions, modernisation des registres fonciers.
En parallèle, plusieurs agences immobilières américaines affiliées à la NAR étendent leur présence en Europe via des filiales ou des coentreprises.
Conclusion
La NAR a investi 86 millions d’euros dans le lobbying pour influencer les lois immobilières de 2024, et ses efforts ont été couronnés de succès sur plusieurs fronts : fiscalité, digitalisation, et défense des intérêts des professionnels.
Toutefois, la question du juste équilibre entre influence sectorielle et protection des consommateurs reste ouverte. Pour les décideurs et acteurs immobiliers internationaux, l’exemple de la NAR représente à la fois un modèle stratégique et un signal d’alerte sur les limites d’un lobbying intensif dans un marché déjà tendu.
